Numéro ADELI : 75 00 1246 0
Le séminaire de Jean-Claude Aguerre se tient le second lundi de chaque mois d’octobre à juin dans son cabinet 53 rue de Chabrol à 21 heures. Il est inscrit dans les séminaires d’Espace Analytique.
C’est un séminaire ouvert à toute personne intéressée par le thème développé. Très interactif, c’est davantage un espace d’échange qu’un exposé magistral. Aucune connaissance pré-requise n’est nécessaire. On réfléchit, on discute, chacun est libre d’intervenir ou non.
Pour participer :
L’École d'Athènes - Raphaël
Dans la cure l’analysant dit toujours la vérité. Qu’il le veuille ou non. Sinon que, de par le dispositif de la cure, cette vérité n’est pas forcément adéquate à la réalité. Laquelle réalité n’a que peu d’importance dans le processus. Elle est conséquente d’un réel qui échappe au dire.
Moi, la vérité je parle, mais si la vérité parle le sujet n’en sait pas grand-chose. Ce n’est qu’au travers de l’illusion de cette prétendue réalité, qui brouille son entendement qu’il peut approcher quelque chose du réel.
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Que veut-il, sur le divan, à engager sa parole dans une histoire qui est la sienne, mais dont il ne sait rien de ce qu’elle sous-tend ?
Se reconnaître sujet de cette parole, entendre les impératifs de son moi débarrassé des inculpations surmoïques, approcher de ce qui le constitue comme être ?
Identifier ce qu’il en est de son désir, au-delà de la mécanique pulsionnelle et des caprices de ce qu’il dit vouloir ?
Se libérer, ou du moins savoir-faire, avec l’angoisse ?
Demande-t-il de l’amour ? (Pour lui-même bien sûr).
Alors, avec la témérité de son engagement dans la cure, il devra accepter de nombreux sacrifices.
Sacrifier la raison au profit du surgissement de ce qu’il ne veut savoir. Accepter de transgresser ce que la morale publique lui interdit. Ne pas protester contre l’insupportable répétition qui insiste face au mur des résistances.
Mais tout cela l’éclairera-t-il sur sa demande ?
De ce que la parole, la parole produite sur le divan, va permettre l’incarnation de ces signifiants.
Moi, la vérité, je parle cette formulation de Lacan pointe le dire qui permettra à l’analysant d’accéder à la position de sujet.
Cogito : Je pense donc je suis. Mais cette évidence permet-elle de faire face à l’existence ?
De plus, sur le divan, il ne pense pas, il parle.
Comment se fait-il que, par l’opération du signifiant Il y ait des gens qui guérissent ? Lacan paraphrase : par l’opération du Saint esprit, c’est-à-dire par miracle. Dans l’analyse il ne s’agit pas de miracle, mais de l’effet de la parole. D’une parole antérieure à la pensée. C’est elle qui lui permettra de prendre acte qu’il dit je. Je parle donc je est.
Dans cette articulation, alors conscient de sa place de sujet, il pourra faire avec l’angoisse.
Toute angoisse est angoisse de castration. Elle engendre la peur d’une perte, le surgissement d’un manque irréductible. Mais le manque est aussi source du désir. Ainsi, à suivre Freud dans cette assertion, l’angoisse de castration aurait partie liée au désir…
Où alors, contrairement à la privation ou à la frustration, le manque engendré par la castration ne lui permettrait pas cet accès.
Quête de l’objet perdu. Quête à entendre entre désir et angoisse.
L’être contemplatif, dans la contemplation de l’étoile, ignore le manque. Mais à dé-sidérer, et ainsi entrer dans le désir, il s’expose. Sujet désirant, il s’expose au risque de la castration.
Fatalité du désir, dont seule la pulsion de mort peut l’en délivrer.
Nous débattrons de cette dialectique et des questions qu’elle pourra engendrer.
L’objet du désir, l’objet cause du désir, l’objet de la pulsion, l’objet du fantasme, multiples énonciations de ce qui pour un sujet devrait concrétiser ce vers quoi il tend, mais qui échappe à toute formalisation et laisse ce sujet dans une angoissante errance.
Qu’il soit un leurre, un fétiche, qu’il soit perdu ou inaccessible, il reste cependant indispensable pour que tienne quelque chose du sujet.
Ce que cherche le sujet en analyse, ce que cherche Jerry Thompson dans Citizen Kane (rose bud), ou tous les chevaliers de la table ronde, nous tenterons, de façon bien hasardeuse, d’en donner une image, et essaierons de comprendre leurs articulations avec ledit sujet.
La différence essentielle, quoi que extrêmement faible, entre un fou et moi, c’est que je ne suis pas fou.
Salvador Dali
Il sera encore question de la folie. De ce qu’elle doit à l’angoisse, de ses frontières, indécises certes mais frontières tout de même, avec la névrose. Nous considèrerons en quoi le processus analytique peut être mis en question avec la structure dites psychotique. Lacan nous a dit que la psychanalyse guérissait des névroses voire des perversions, il n’a pas évoqué la psychose. Et pourtant… Force nous est de constater que pour certains fous, la vie n’est possible qu’avec la cure analytique. Comment le fou, intimement en alliance directe avec le réel, peut il faire avec le discours symbolique porté par la psychanalyse ? Comment la répétition, laquelle est en intrication profonde avec le réel, est un facteur essentiel en ce qui concerne la folie.
Les termes médicaux sensés désigner la folie, ont-ils une représentation pour le psychanalyste ? Paranoïa, schizophrènie, maniaco-dépression, que sais encore ? Au-delà de tous ces termes, que les DSM ne se lassent de produire et qui rassurent le psychiatre, le psychanalyste est confronté à un discours hors sens, qu’aucune classification ne pourra réduire.
Le psychanalyste, aculé qu’il est à cette position de « supposé savoir », se doit de trouver le truc. Le truc qui va permettre au fou de vivre hors l’asile. Si Lacan a dit que la psychanalyse guérissait des névroses voire des perversions, il n’a rien dit des psychoses.
Mais le fou nous interpelle. Il n’aura de cesse que nous entendions ce qu’il a perdu en chemin. Il n’aura de cesse que raisonne en nous l’impossible du réel. Sans dote ne cherche-t-il rien d’autre. Mais à se mettre en place d’entendre cela, personne n’en autorisera l’analyste, lui seul peut accepter cette folie.
Marguerite Duras, dans le vice-consul, fait dire à la mendiante « elle cherche un chemin pour se perdre … personne ne connaît ». Si le fou a trouvé ce chemin, nous chercherons imprudemment à l’y suivre. A éprouver en quoi nous pourrions croire être des garde-fous.
Quelque chose est ratée avec l’objet. Le pervers l’a compris. Il n’insistera pas.C’est raté.
A sa place il construit autre chose. Sans doute ne se laisse-t-il pas leurrer par ce qu’il a construit, il sait que ce n’est pas ça. Ça doit remplacer l’objet, mais ça a un peu de mal. Ça a un peu de mal puisqu’il sait que ce n’est pas ça. Lui, le pervers, on ne la lui fait pas. Celui qui ne l’est pas, pervers stupidement peut croire que la bottine, le sous vêtement féminin et mille autres choses sont l’organe de la jouissance pour celui désigné pervers. Ridicule. Le pervers sait que ce n’est pas ça ; Il fait avec. Mais en faisant avec il ne s’attire guère de sympathie. Le névrosé qui croit toujours en la possession du phallus (ou à ce qui lui ressemble) n’aime pas trop l’escogriffe qui agite sous son nez un truc de remplacement qui semble assez bien marcher pour lui. C’est un vil tricheur !
Nous aborderons une lecture de la perversion en tant que recherche éperdue par le pervers d’un objet de substitution. Le déni de la castration maternelle fonctionne-t-il pour le pervers comme une mascarade ? Peut-être aurait-il masqué cette castration par un objet dont il sait très bien l’inconsistance, mais dont il arrive à faire croire qu’il y croit.
Albert Camus, Caligula, acte 1
Caligula
Oui, je voudrais la lune
Hélicon
Ah ! Pourquoi faire ?
Caligula
Eh bien … C’est une chose que je n’ai pas
Le désir est sans limite. Son objet inaccessible (de préférence). Fiction : Un sujet pourrait éventuellement dire que l’objet de son désir apparaît à l’horizon. Mais à consulter un dictionnaire on pourrait lire : Horizon : ligne imaginaire qui recule au fur et à mesure qu’on s’approche d’elle. Le désir, le fantasme, la pulsion, toutes les quêtes : s’agit-il du même objet ? Nous tâcherons de sentir ce qui lie un sujet à l’objet de son désir. Ce qui se noue dans cet intervalle. Comment un sujet est-il indéfectiblement lié ou aliéné à cet objet. L’éthique de la psychanalyse : ne pas céder sur son désir. Mais comment le pourrait-on ! Comment la cure permet-elle cette mise en abyme de l’objet du désir avec celui qui parle.
Connivence avec le leurre.
Promesses mensongères de la jouissance.
Support insatisfaisant du désir
Avatar des effets du réel.
Masque de la pulsion.
Nous aborderons l’étude du fantasme, avec ce qu’il organise dans la structure du sujet et ce qu’il inscrit dans la cure, dans un dialogue avec les éléments que nous avons visités ces dernières années : triade vérité, doute, certitude ; leurre ; amour … ; et d’autres.
De ce qu’elle ne peut être que mi-dite, la vérité tient au réel. Moi, la vérité, je parle. La certitude ne désigne que le paranoïaque. Je sais (Descartes) que deux et trois sont cinq, sauf s’il en est autrement et qu’un méchant démiurge me le fait croire. Le scientifique ne peut dire que je crois … : je crois que deux et trois font cinq, je crois au big bang, à la gravitation universelle. Sauf à verser dans le religieux, il ne peut dire je sais. Ainsi la vérité ne peut être appréhendée que dans le doute. Le seul discours qui ne serait pas du semblant est celui de l’analysant dans la cure, de ce qu’il aura accepté de ne pas savoir ce qu’il dit. Lacan rencontrant Marguerite Duras : « vous ne savez pas ce que vous dites ». L’acceptation de ce non savoir permet (peut-être) de s’émanciper du doute.
Marguerite Duras, dans Le vice Consul, nous dit : « elle cherche un chemin pour se perdre, … Personne ne connaît ». De même l’analyste propose à son analysant de s’égarer dans les méandres de ses signifiants. Pour accéder à la position de sujet dans l’analyse, il convient d’accepter une perte. Tout objet se doit de rester perdu. Les modalités de la perte peuvent se montrer particulièrement retorses. Qu’il s’agisse d’un sacrifice, d’un abandon d’une perte, que l’on rencontre la privation, la frustration, la castration, nous tenterons d’approcher ce moment de renoncement où enfin, lassé de toute quête, le sujet enfin peut advenir.
Lacan nous disait : « …une vessie, à condition d’y mettre une chandelle, ça peut faire une très bonne lanterne » nous indiquant ainsi qu’à accepter d’être dupe, on peut s’en trouver quelque peu éclairé. Il enfonçait le clou lorsqu’il nous indiquait que Les non-dupes errent. A vouloir à tous prix être celui à qui on ne la fait pas, le sujet risque fort de se trouver dans un grand embarras. Après quoi courent-ils, Perceval ou Lancelot, que diable Jason pourrait-il rapporter ? Quel appeau les aura mis en marche pour leur existence entière ? Serait-ce petit a, brillant comme un éclat de phallus ou quelque supercherie sans nom ? L’analysant, engagé dans la cure, se soutient de l’invraisemblable perspective d’atteindre un but dont il ne peut que subodorer le caractère illusoire. Le leurre vérité éphémère, postulat incertain mais universellement reconnu, permet au sujet de faire avec l’angoisse. Si la cure permet de le reconnaître, l’analysant devra accepter l’errance consécutive de sa démystification.
« La mort c’est une affaire de foi. »
Dans son intervention à l’université de Louvain Lacan a les bras qui lui en tombeau du fait qu’il puisse nous arriver d’en douter.
Il commentait Freud qui percevait la mort en termes de croyance.
« La croyance à la nécessité interne de la mort n’est peut-être qu’une de ces nombreuses illusions que nous nous sommes créées pour nous rendre “supportable le fardeau de l’existence” ». Essais de Psychanalyse
« Le fait est qu’il nous est absolument impossible de nous représenter notre propre mort, et toutes les fois que nous l’essayons, nous nous apercevons que nous y assistons en spectateurs. C’est pourquoi l’école psychanalytique a pu déclarer qu’au fond personne ne croit à sa propre mort ou, ce qui revient au même, dans son inconscient chacun est persuadé de sa propre immortalité ». Essais de Psychanalyse
Au travers ses représentations, allégorie du squelette à la faux, où autres comment la camarde hante-t-elle l’inconscient ? Et si la pulsion de mort est précisément ce qui nous tient en vie, de quel leurre peut-elle se supporter ?
Où auront pu nous conduire deux années de séminaire consacrées à tenter d’entendre quelque chose d’Amour au travers de ses disparates énoncés ? Perdus dans la forêt de Brocéliande et enivré du vin du banquet, nous estimons notre égarement suffisant pour ne pas conclure et poursuivre ailleurs, du moins un peu à côté. Si l’amour se signifie de l’absence du rapport sexuel, quelque chose de l’ordre de la jouissance sera alors convoqué. Désir, plaisir, jouissance, expressions d’un ineffable, expressions de ce qui ne peut se dire de l’amour. Elle demande de l’amour, elle désire du caviar, elle veut qu’on ne lui donne pas de caviar. La quête ne se fonde que du ratage de son objet, ratage corrélatif d’une jouissance. L’amant romantique jouit dans l’inaccessible de son amour, de même Perceval face au mythique Graal. Comment cette jouissance fait-elle tenir le sujet y compris pour celui qui s’aventure dans l’analyse
Le séminaire de l’année 2006-2007 ne nous aura permis que de timidement approcher la question de l’amour. L’étude du Banquet de Platon avec la lecture qu’en fit Lacan dans le séminaire Le Transfert, suivi d’une approche de l’amour mystique auront eu cet intérêt de complexifier suffisamment le problème pour que l’évidence de la nécessité de la poursuite de son étude s’impose. Toujours en gardant comme référence L’insu que sait de l’une bévue s’aile à mourre, nous chercherons, au travers des écrits de tous ordres, à percevoir le thème de l’amour et ses articulations avec le désir, la jouissance et sa résonance avec l’inconscient.
Le sujet en analyse, plongé dans le déroulement de la chaîne signifiante, ne sait plus trop à qui il s’adresse. Ce n’est ni directement à l’autre personne présente dans la pièce sous la forme de l’analyste, depuis que ce dernier c’est soustrait au champ de son regard, ni à lui-même imaginarisé en place de i(a), lieu de l’Autre, à partir de laquelle, dans un retour sur lui-même, il s’est constitué comme sujet à une époque oubliée. Il parle. Il déroule des signifiants qui ne cessent de l’interroger. Che voi … ? L’analysant peut ainsi entendre son discours énoncé du lieu de l’Autre sous la forme la plus énigmatique qui soit. Quel est cet Autre qui lui, parti de lui-même ? Narcisse n’y a vu que son image, ne pouvant être dans le même temps lui-même et l’Autre, il explose le miroir et disparaît. Écho ne pouvait mettre que des mots en miroir et Narcisse n’a pu les entendre. Cocteau nous avait bien dit que les miroirs feraient de réfléchir un peu plus.
Nous essaierons d’aborder cette question de l’Autre sous les formes changeantes sous lesquelles il nous leurre. Grand Autre cartésien, trompeur ou garant de la vérité, figure de la divinité selon Pascal ou Spinoza. Il n’y a pas d’autre face de la bande de Moëbius et pourtant nous voyons bien une autre fourmi en miroir de cette bande. L’Autre comme représentation de l’inconscient poursuit ce que Freud pu formaliser avec ses topiques. C’est par ce signifiant de l’Autre que nous poursuivrons nos investigations sur la structure de l’inconscient.
Numéro ADELI : 75 00 1246 0
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