Écrits

Quelques textes prononcés dans différents colloques.

L’ARTISTE ET LE REEL

Espace Analytique - Juin 2023

L’art serait-il un système symbolique ou le sujet, dans une effarante prétention, s’imaginerait pouvoir dire quelque chose du réel. Son perpétuel ratage à y parvenir le contraignant à poursuivre indéfiniment sa production artistique et ce, souvent, dans une colère sans cesse croissante. L’artiste enrage de ce que nous, public, n’avons rien compris à ce qu’il ne peut dire, car indicible. Il enrage de ne trouver les mots les couleurs ou les sons, les notes, qui rendrait compte de ce réel qui l’envahit, dont il a la mission quasi divine de communiquer à la terre entière, et dont dans notre incommensurable imbécillité, nous n’entendons rien. Cette propension à vouloir dire le réel, à vouloir le dire parce qu’il l’a pressenti et que ce sentiment est intimement angoissant, c’est justement ce qui fait l’artiste.

Sur l’origine de R.S.I. dans les écrits de Platon

Dans le cours des lectures de l’été, de ces lectures sans cesse repoussées à d’incertaines vies futures par l’agitation quotidienne de l’année de travail, et ce malgré l’évidence de leur caractère essentiel, il m’est arrivé, entre deux polars, de prendre enfin connaissance de la lettre VII de Platon. Cet ouvrage épistolaire ne présente aucun secret pour un hèlèniste moyen, on peut par contre s’interroger sur le peu de commentaires qu’il suscita dans le monde psychanalytique. Un passage de cet écrit, adressé aux parents et amis de Dion de Sicile, donne une image tout à fait saisissante de ce que pourrait être l’origine du ternaire réel, symbolique, imaginaire. S’il serait hasardeux de soutenir que Lacan y trouva l’inspiration de RSI, l’éclairage que le texte platonicien apporte au ternaire mérite une attention certaine. On peut dire que Platon ouvre là une problématique que poursuivra Lacan.

DON JUAN AU BANQUET

Intervention au congrès d’Espace Analytique
2012

Ce titre pour signifier l’identification du sujet à un signifiant mythique, l’identification à un objet qui se dérobe. Dérobade qui va être porté à la charge de la femme. Il est clair que dans nombre d’histoires l’amour est engendré par l’apparition de la femme, sidération de Dante face à Béatrice, et que la femme ne satisfait pas ce noble sentiment. A l’image des jeunes filles du pensionnat fondant en larmes alors que l’une d’entre elles pleure à la lecture de son courrier, que nous relate Freud, l’humanité entière pleure sur l’histoire de Roméo et Juliette. Ne nous y trompons pas, il d’agit de la même chose, de la fascination d’un mirage.

COMMEMORATION, REPETITION, REMEMORATION

Colloque Fondation Européenne pour la psychanalyse
Vienne 2016

Cette intervention m’a été inspirée par l’insistance cette année, centenaire du début du conflit de ce qu’on a appelé en France : « la grande guerre », par la multiplication des « commémorations » mandatées pour nous la rappeler. J’avancerai à ce propos quelques réflexions autour de la répétition et la remémoration, à partir de Gilles Deleuze et de David Hume, abord philosophique, à ma connaissance, peu développé dans le champ psychanalytique. Deleuze disait que Lacan serait allé plus loin s’il s’était référé davantage à David Hume. 

CAMILLE ET PAUL, LA MEME FOLIE

Fondation Européenne pour la Psychanalyse
Ambassade du mexique
Paris 2015

Tous les deux sont issus du même deuil impossible. Tous les deux ont eu cette mission insensée de remplacer l’enfant mort. Ils ont eu à porter cette impardonnable faute de n’avoir pas été celui qui n’était plus. Pour chacun la faute originelle se décline selon des modalités propres, exclusives même. En est exclu celui qui ne participe pas de la faute. Le péché originel est une affaire individuelle, dont la rédemption échappe aux textes sacrés. Pourtant elle était née sous les hospices de celle qui n’avait pas pêché. Elle était née un 8 décembre, jour de l’immaculée conception. Elle porte cependant cette faute impardonnable de ne pas être garçon. De ne pas être Charles-Louis, le frère mort il y a quinze mois, alors qu’il avait quinze jour, mort un 16 août, le lendemain de l’assomption de la vierge. Elle est née le jour de la fête de la Vierge quand il est mort le lendemain de son assomption. La mère, au désespoir qu’elle soit fille lui en voudra toujours. Elle recevra un nom asexué : Camille, laissant dans la langue une incertitude sur son inacceptable état féminin. Enfin arrivera le rédempteur. L’homme. Il aura Paul pour premier prénom et le frère mort s’inscrira en second. En miroir.

DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE, AU SUJET DE LA PSYCHANALYSE

COLLOQUE DE CERISY
Août 2011

En 1549 Etienne de la Boétie ému, selon certains historiens, par la répression des révoltes contre l’instauration de la gabelle écrit un essai encore aujourd’hui considéré par les esprits habités par l’idée de la révolution, comme le texte originel de la pensée subversive. Ce serait sous l’impression des horreurs et cruautés commises à Bordeaux dans la répression des révoltes contre la gabelle, que la Boétie compose le « Discours de Servitude Volontaire ». Il circulera tout d’abord sous le manteau avant d’être publié en 1574 dans un pamphlet calviniste contre Charles IX Le réveille-matin des Français, puis en 1576-77-78 dans Les mémoires de l’État de France sous Charles-neuvième. Publié donc deux siècles avant la Révolution française, ce sera le premier texte subversif moderne. Montaigne qui qualifie le texte de « manière d’essai en sa première jeunesse » (Étienne de la Boétie avait 18 ans) a le projet de le faire figurer au centre de ses essais et il publie en 1571 l’ensemble de l’œuvre de ELB à l’exception du discours, le conservant donc dans l’idée de le mettre au centre de ses essais.

ILLUSION PERDUE

Colloque Espace Analytique
2015

Croit-elle encore au prince charmant ? Ce serait politiquement incorrect pour la mouvance féministe, mais … Même sans y croire, comment désirer un truc pareil ? Un homme beau, mais d’une beauté sans aspérité, plutôt bellâtre. Noble puisque prince, cliché du noble qui épouse la roturière, du grand chirurgien qui épouse l’infirmière. Riche, assurément riche, le prince de Monaco qui épouse Grace Kelly. A cet égard il est assez spirituel de considérer Gadelmaleh qui rencontre, lui, la princesse charmante (en fait le prince charmant n’est pas sexué, on le verra). Après Grace Kelly, on peut comprendre que c’est la fonction de la principauté de Monaco que de fournir des princes charmants. Qu’est-ce c’est un prince charmant ? Ils s’y sont mis à deux : Perreau et les frères Grimm, pour en parler. Il tire la Belle au bois dormant de son repli (forêt de ronces à vaincre, et sommeil centenaire), il délivre Peau d’âne de la menace dinceste que son père fait peser sur elle, il soustrait Blanche-Neige et Cendrillon à la tyrannie de leurs marâtres.

LA PIANISTE : Concept de perversion aujourd’hui

Colloque Fédération Européenne pour la Psychanalyse
Londres 2015

Si le concept de perversion ne peut plus être entendu tel que l’exposait Kraft Ebing en 1886 et tel que le reprenait Freud dans le premier des trois essais de la théorie du sexuel, la référence à une déviation sexuelle, bien que largement dénoncée aujourd’hui, tant par le grand public que par la psychanalyse, insiste encore dans bien des esprits. Sans doute, l’homosexualité, ainsi que différents jeux sexuels sont écartés de cette dénomination, mais perversion reste le nom de quelque chose qui dysfonctionne du côté d’une normalité sexuelle. A cet égard aborder la perversion en termes de normalité, et de déviation par rapport à cette normalité expose à bien des difficultés.